08 juin 2006
De bello civili...
De la guerre civile
Déjeuner avec Jacques Marseille, historien et économiste, qui vient de publier un livre passionnant, dont le titre sonne comme un de ces « éloges paradoxaux » chers à la Renaissance : « Du bon usage de la guerre civile en France ». Très ironique sur notre « modèle social français », modèle dont personne au monde ne veut et qui nous laisse à la traîne en tout domaine, il perçoit notre nation comme blasée, rétrograde et déprimée. Il en donne des indices hétéroclites, tels le nombre de suicides (13 000 par an) ou notre consommation forcenée d’antidépresseurs. A ses yeux, la France n’a pu progresser que par bonds, grâce à des crises brutales et à des affrontements qui ont finalement accéléré les mutations et imposé des réformes, lesquelles n’auraient jamais été acceptées autrement. Pour éclairer le présent, et tout en pensant au débat présidentiel de 2007, il propose des parallélismes - sans craindre les anachronismes – grâce à une vue cavalière de nos guerres civiles salvatrices : le règne de Charles V ; les conflits religieux du 16ème siècle ; la Fronde ; le Consulat ; 1848 ; la Commune ; 1958 ; 1981. Il s’agit de prouver que les Français n’ont pas la culture du compromis et que nous n’avançons que par cassures successives. Malgré la hardiesse de ses généralisations, Jacques Marseille touche à l’essentiel, quand il diagnostique les symptômes d’un pays déboussolé et endetté, qui refuse la réalité de la mondialisation, tout en se croyant plus malin que les autres. Il donne des pistes précises et convaincantes sur la réhabilitation du travail, sur la réforme de l’école, sur la revalorisation des classes moyennes, sur le traitement du chômage (qui, dit-il, coûte annuellement 60 000 euros par demandeur d’emploi ! ). On sort de là secoué, voire éberlué, et convaincu que la rupture est en effet nécessaire...
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24 mai 2006
rencontres...
22 mai : déjeuner avec Philippe Douste-Blazy au Quai d'Orsay. Nous parlons surtout du projet "UNITAID" qu'il promeut : le prélèvement d'une taxe sur les billets d'avion pour créer un fond d'achats massifs (il espère un milliard de $) de médicaments génériques, redistribués aux pays où sévissent tuberculose, malaria et sida. Il prépare une mobilisation mondiale des consciences. Un chiffre,qui résume tout : en Afrique subsaharienne, on compte près de 30 millions de séropositifs, trente fois plus qu'aux Etats-Unis, le pays riche le plus touché. Sur la taxe, voyez ma note de février à ce sujet.
23 mai : dîner donné par Kostas Karamanlis, premier ministre grec, à la suite d'une réunion de ministres chargés des réformes économiques dans les pays développés. Tout le monde se tourne vers moi, pour me dire que la France n'est pas un bon exemple : déficits structurels, mentalités sclérosées et administration pléthorique... Je défends comme je peux les réformes engagées ici, notamment la réduction de la dette, mais les jugements extérieurs, quoique courtois, sont sévères.
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