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19 avril 2007

Allegro con moto

Je feuillette le dernier livre où Claude Allègre se lâche : Dix questions plus une à Claude Allègre sur l’école (Michalon, 2007). J’y retrouve son habituel mélange de bon sens et d’incongruités, combinaison qui me laissait déjà perplexe quand je fus « son » doyen de l’inspection générale, en 97-98. Nos relations étaient tendues et cordiales à la fois car je ne savais jamais si ses propos (et ses injonctions à l’adresse de l’I. G.) étaient des provocations, des approximations ou des traits de génie. Mais, pour dire les choses simplement, je l’aimais bien et je le croise toujours avec plaisir.

Je vois qu’il défend désormais un examen d’entrée en 6ème et le redoublement : « Le niveau moyen des élèves baisse incontestablement, et la différence de niveau entre les meilleurs et les moins bons augmente. La raison essentielle me paraît être la disparition des contrôles qui, jadis, permettaient le passage d’un niveau à un autre. On ne permet pas de prendre la route à ceux qui ne parviennent pas à obtenir leur permis, on ne laisse pas plonger dans la piscine ceux qui ne savent pas nager… Selon les statistiques, 20% des élèves qui entrent en sixième ne savent pas lire. Je suis plus pessimiste encore. J’estime que 30% des élèves qui entrent en collège ne lisent pas vraiment couramment… Qu’un élève soit zoulou ou qu’il soit né dans le XVIe arrondissement à Paris, que ses parents travaillent ou qu’ils soient au chômage, s’il ne sait pas lire, il ne sait pas lire ! Et rien ne sert de le faire passer en sixième dans ces conditions. On a supprimé tout contrôle à l’entrée en sixième. Cette suppression a été la conséquence de la pression des syndicats qui l’ont demandée au nom d’une sorte d’égalitarisme tout à fait ridicule ». Il s’en prend ainsi « au sentiment "égalitarien" qui s’est installé dans l’Education Nationale ». Soit, mais qu’est-ce qu’on fait de ceux qui ne passent pas d’une classe à l’autre ? Silence là dessus. L’examen et le couperet ne changeront rien à l’affaire si les méthodes n’évoluent pas et si le système n’est pas assez souple pour s’adapter aux cas individuels les plus délicats.


Par ailleurs, inutile de dire qu’Allègre taille un sombre costume à Ségolène Royal dont «l’ambition est le moteur principal dans la vie… hautaine et distante avec ses collaborateurs et le personnel, surtout celui du bas. Son sourire n’apparaissait que par utilité. Son humour était nul. Son intérêt pour la culture, les arts ou le théâtre ne m’est jamais apparu. Son seul centre d’intérêt était la politique, les médias et ce que l’on y disait d’elle ». Il la montre « sans pensée politique construite… qui ne travaille ni ne réfléchit beaucoup sur les grands problèmes… qui n’a pas de structuration politique et ne se soucie nullement d’en avoir». Et il conclut : « On ne s’étonnera pas qu’après l’avoir fréquentée de près, le sentiment qui domine chez moi soit l’inquiétude ». Je ne fais que citer (à moins que la lecture aussi me soit interdite par mes bienveillants censeurs). Je ne fais pas de commentaire. Mais, visiblement, au P.S., on sait jouer à « Salut les copains »... allègrement.

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