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18 avril 2007
Sur l'identité et l'universalité françaises
Encore et toujours ce débat sur l’identité et l’intégration, avec cette sorte de rictus qui défigure subitement les plus raisonnables des gens, dès que le sujet est abordé. Voyons les choses objectiment. Oui, la mondialisation a aussi cette conséquence : une mobilité quasi universelle, une mixité accrue. Mais est-ce si neuf, finalement ? Le Français est français par volonté, parce qu’il le désire ou l’a choisi. Cette spécificité était déjà relevée par Renan, dans Qu’est-ce qu’une nation ? : la France, à ses yeux, se fonde sur une conception élective de la nation, à la différence des Allemands, par exemple, qui ont pu adhérer à une conception ethnique. La France trouve sa cohésion dans un vouloir-vivre partagé, dans une sorte de contrat social sans cesse renouvelé. C’est ce souci d’intégration dans un espace républicain qui a conduit notre modèle politique à adopter ce principe simple : devenir Français c’est devenir citoyen français. La France est moins une origine qu’un projet, creuset où s’estompent les différences et les convictions privées.
Voilà pourquoi prévaut chez nous le droit du sol, à l’opposé d’autres nations qui privilégient le droit du sang, hérité des Anciens régimes. Certes, notre droit a beaucoup fluctué depuis la Révolution, mais il en reste une trace profonde dans nos mentalités et dans nos symboles. Les débats actuels sur l’intégration, l’identité, la laïcité et le communautarisme le prouvent d’évidence. Cet « être français » a limité l’influence des idéologies sur nos modes de gouvernement : les systèmes totalitaires ont eu moins de prise sur nous parce que personne ne peut réduire la « francité » à un monopole de pensée ou d’organisation. Voilà pourquoi, sans doute, nous préférons les questions aux réponses, la diversité assumée à l’unicité forcée. Notre identité est un ensemble d’altérités acceptées et consentantes, même si elles sont souvent prêtes à renâcler.
Notre patriotisme se confond donc avec un universalisme. Il renvoie non à une idéologie mais à un idéalisme, notamment celui des Lumières et des droits de l’homme, par essence universalistes. Quand on voyage, on croise partout des gens qui sont devenus amoureux de la France et qui ont appris le français par adhésion à notre culture ou à nos valeurs. C’est là toute la différence avec l’anglais : l’anglais vient à vous, par utilité, mais l’on vient au français, par choix. Même dans des pays où la langue française n’a plus d’usage économique, nos établissements scolaires sont fréquentés par l’élite autochtone, pour laquelle la conception française du savoir et des arts reste un modèle insurpassable. Je sais bien que cette prétendue supériorité humaniste est un mythe. Elle peut alimenter un chauvinisme ridicule et c’est souvent que les étrangers critiquent notre arrogance et nos attitudes dominatrices, parfois à juste titre. Mais c’est ainsi, illusion ou non : la France rayonne par une sorte d’universalité, avec une résonance qui va bien au-delà de ses moyens réels. Victor Hugo comparait ses Misérables à la « vocation française » : « la fraternité pour base et le progrès pour cime ». On aimerait que ces idées, qui font notre grandeur, ne soient pas galvaudées en polémiques chauvines et xénophobes. Mais la période n’est pas propice à des approches modérées… Vivement que cela se termine !
10:54 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Mr Darcos,
Je suis heureux de retrouver de nouveaux articles sur votre blog que je parcours quasiment tous les jours.
J-5 avant 1er tour...
Bien à vous,
A. Thibault
Ecrit par : Alexandre Thibault | 18 avril 2007
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