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14 avril 2007

Propos sur Alain

La mort prématurée d’Alain Etchegoyen, après une brève et brave lutte contre la maladie, va priver la France d’un esprit supérieur et d’un auteur brillant. Je perds aussi un collègue à qui me liait une amitié ancienne et vivace. Nous nous étions connus à Louis-le-Grand, en 85 : il enseignait en prépa-HEC et moi en khâgne. Une improvisée discussion viniphile, sur les Condrieu et sur les Pomerol, dans ces lieux austères, ouvrit nos entretiens qui ne devaient plus jamais cesser de s’élargir et de s’approfondir. Ce normalien, professeur de philosophie, n’a pas seulement fasciné des générations de classes préparatoires. Il s’intéressait à tout : à l’éthique, à l’économie, à la transmission du savoir ou à la question du pouvoir. En précurseur, il a vu la culture humaniste comme un modulateur des relations au sein de l’entreprise : il conseillait des industriels de premier plan, s’était fait estimer de personnalités comme Francis Mer ou de la famille Michelin. Nous collaborions et il semblait que nos itinéraires nous obligeaient à nous croiser sans cesse, comme en 97-98, quand j’étais doyen de l’Inspection générale de l’Éducation nationale, tandis qu’il conseillait (et tempérait) Claude Allègre et détestait (déjà) Ségolène Royal, contre laquelle il fit récemment un pamphlet. Jean-Pierre Raffarin, qui a du nez et du cœur, en fit un Commissaire au Plan atypique et génial, avant que le Premier Ministre suivant ne le chasse brutalement en le priant « de se taire », ce qui fut le plus sûr moyen de le faire hurler et dénoncer. C’était un homme à la fois rêveur et acéré, capable de manier des concepts grandioses mais aussi de se révéler un polémiste redoutable. Il recevait les personnalités les plus diverses, chez lui, en concoctant lui-même une cuisine de chef, après avoir fait ses courses aux quatre coins de Paris, car il connaissait la boutique idéale pour chaque produit. Il choisissait les vins avec amour. Rien n’était banal avec lui (pas même sa vie privée, assez rebondissante) et je n’oublierai jamais le jour où je lui remis la Légion d’Honneur, dans une sorte de cabaret où se chantaient les tubes des années 80 : ce fut une cérémonie drôle et sérieuse à la fois. C’était tout lui, là encore : nul cynisme, de la profondeur et un faux détachement, avec cette grâce négligée qu’apprêtent, par élégance pour autrui, les intelligences sans illusion ni renonciation. En ces temps de brutalité et d'acrobaties arrivistes, ce relativiste perspicace nous manque plus cruellement encore.

Commentaires

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merci pour cet hommage à un esprit ouvert, comme Alain Etchegoyen

Professeur de chaire supérieure, en khagne et en iep, démocrate-chrétien de coeur, j'aurais aimé vous lire sur le bilan de François Bayrou ministre, qui parait s'être coulé dans cette cogestion avec les syndicats dont meurt l'institution . Vous en avez été sans doute l'un des meilleurs témoins et vous connaissez bien toutes les ambigûités du personnage . Merci d'en témoigner à ce moment crucial pour nous tous, où l'obligation de réserve peut paraître déplacée

Ecrit par : pourtal | 15 avril 2007

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