« Cause toujours... | Page d'accueil | Et le réel, dans tout ça ? »
19 mars 2007
La querelle des bouffons...
Comment arrêter un tracteur à quatre bayrous motrices ? Jusqu’ici, on ne s’affolait pas. On s’en tenait au dédain. On sait le regard traditionnel des gaullistes sur les centristes, vus comme des forces d'appoint de la droite, des présomptueux provisoires qui finissent toujours couchés. Des « caramels mous », selon Barre, « des couilles molles qui ne sont ni à gauche ni à gauche», selon Mitterrand. Pompidou était plus sévère encore : « Ils finissent toujours achetés, il faut les laisser frétiller, c'est tout. Chaque centriste a son prix, il suffit de le connaître ». Un candidat du centre jouait le rôle peu enviable du branquignol, du farfelu, du mistigri. Mais voilà, tout cela ne marche plus. Car Bayrou est un croisé, qui croit à sa vocation. À ses yeux, il est écrit dans les étoiles que son destin le mènera à la charge suprême. Il a reçu mission de bouter les UMP hors de France. Des voix sont descendues vers lui du haut de la vallée d’Aspe et l’ont appelé, quand il était enfant, à accomplir sa prédestination. Sauf que, maintenant, il ne les entend plus, les voix, il les compte. Chacun de ses adversaires a donc revu sa stratégie. Ségolène Royal assène que ceux «qui se disent ni de droite ni de gauche finissent toujours par tomber du même côté». Elle rappelle qu’il ne s’agit pas d’un perdreau de l'année, qu’il a passé plus de temps dans sa limousine avec chauffeur que sur son tracteur, qu’il a participé à divers gouvernements en s'y singularisant par son immobilisme. Mais ces attaques comportent un risque majeur : braquer l'électorat centriste dont Sa Royalitude pourrait avoir besoin au second tour. Entre oursin et patate chaude, Bayrou joue les cadors et les cactus à la fois. C’est l’objet votant non identifié.
Moquer l’homme est tentant et les Guignols le font assez férocement. Mais on donne du mouvement au culbuto, en y touchant. Bayrou est un roué qui cherche les attaques et qui en profite pour paraître l’offensé. Il catalyse, en jouant les fleurs bleues offusquées, les anti-système, vieille recette du poujadisme et de Le Pen. Ne tombons pas dans ce piège. Regardons plutôt, froidement, ce qu’il propose. L’Institut Coe-Rexecode, par exemple, vient d’examiner son projet économique. Il en conclut que les suggestions de Bayrou ralentiraient la croissance à 0,2 % et supprimeraient 60 000 emplois. Comme quoi, même en y mettant les deux mains, la droite et la gauche, on peut jongler comme un pied et casser la vaisselle. Remarquez, c’est toujours mieux que Ségolène, qui détruirait 80 000 emplois à elle toute seule, selon la même étude. Pourtant, elle a donné à Arlette Chabot sa solution miracle, pour créer l’emploi et éviter les délocalisations : « demander des comptes aux entreprises ». Sûr que ça va les impressionner. Et d’ailleurs sait-elle que les grandes entreprises françaises réalisent seulement un tiers de leur chiffre d’affaires en France ? Ordre juste ou pas, elles se sont déjà échappées. Je ne me lasse pas de cette campagne ségolinienne. Il faut la voir, devant deux ou trois ahuris de banlieue, tatoués et encapuchonnés, genre Nique Ta Mère, leur annoncer d’un ton sirupeux et angélique : «vous n’êtes pas un problème, vous êtes une partie de la solution». Ce qui lui valut, en réponse, cette profonde glose : « Ouef, t’as vu, la meuf, elle m’a traité ». Bouffon, comme ils disent... Comme Muray nous manque !
08:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Le nouveau croisé du Béarn est bien plus subtil:il ne propose pas de bouter l'UMP hors de France,il aime la droite et la gauche,il a choisi le terrain de la conciliation,il a senti que la France se déchire à coups de concepts,et cette France qui aime tant les révolutions,et pas les réformes,a en marre de l'establishment;mais elle n'ose pas voter Le Pen,c'est pas bien vu dans les salons...La Gauche ayant volontairement stigmatisé la karchérisation,il ne reste plus aux Français que de voter neutre,càd pour quelqu'un qui n'est ni pour,ni contre,en plus ça ne fait de mal à personne !
Question perfide:ils sont où les stratèges de l'UMP qui n'ont pas vu venir l'ennemi en son sein....?
Ecrit par : hifi | 19 mars 2007
Les commentaires sont fermés.