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20 décembre 2006

Antagonisme et essentiel

Le plus grand inconvénient de la campagne présidentielle est l’antagonisation féroce qu’elle provoque, donc le simplisme et la polémique systématique. Les « troisièmes » candidats ont beau tempêter, c’est un face-à-face qui est programmé, avec ses réductions et ses anathèmes. Du coup, certains sujets de fond qui devraient permettre, sinon le consensus, du moins des convergences sont au second plan. Voyez comment le débat sur la culture est occulté, même à gauche, parce qu’on ne sait pas comment s’étriper sur un tel domaine. On se contente donc de phrases évasives. Je déjeunais hier avec un de nos plus remarquables directeurs de musées nationaux, il en restait atterré, presque incrédule. Nous y reviendrons souvent d’ici avril.

Mais l’exemple le plus consternant est l’Europe. Le Club Vauban organisait hier soir un dîner débat sur le sujet. Selon l’habitude de ce cercle, nous étions à parts égales de gauche et de droite, personne ne cherchant à dissimuler son engagement, mais chacun cherchant les convergences dictées par l'intérêt général. Le cimat n'est pas à l'euphorie : on a évoqué l’impasse constitutionnelle (depuis de 29 mai 2005) ; le plafonnement du budget européen pour 2007-2012 ; le blocage sur la question turque, qui nous prive de frontières stables ; les désaccords, au sein de l’Union, sur la Russie, le nucléaire, le Conseil de sécurité, les relations transatlantiques etc. ; l’absence de leader qui ait un soutien populaire. Bref, l’Europe a besoin d’une relance énergique, comme nous l'a exposé le premier ministre luxembourgeois Juncker. D’autant que ses adversaires ne faiblissent pas, oubliant même les bienfaits de l’euro et de l’union monétaire, notamment. Parlons donc de l'essentiel, même dans une campagne qui doit inévitablement soulever des passions.

15 décembre 2006

Tous titulaires !

Je sortais hier de l’ambassade de Suisse, rue de Grenelle, où nous venions de discuter, avec des experts européens, de la politique agricole commune, ainsi que d’irrigation, de primes diverses et d’OGM. Inutile de dire, au passage, que pour des gens normaux et informés, les Bové et autres « faucheurs volontaires » passent pour ce qu’ils sont : des obscurantistes hors-la-loi, des aliénés réactionnaires, des ignorants et des affameurs de la planète, puisque, sans la biologie, la plupart des cultures vivrières, notamment dans le tiers-monde, produiraient moins de la moitié de leur rendement actuel et, parfois, entraîneraient des épidémies gravissimes et mortelles. C’est tellement évident que la France risque d’être sanctionnée par la Commission européenne pour ne pas assez encourager les cultures génétiquement modifiées.

Mais, dure journée, ma confrontation avec les égarements de la raison allait se poursuivre. Rue de Grenelle, donc, où j’ai passé une bonne partie de ma vie professionnelle, je tombe sur quelques manifestants qui conspuaient Gilles de Robien, ministre de l’éducation nationale. Ils brandissaient une large banderole rouge portant ce seul slogan : « Titularisation sans condition ! ». On a beau être habitué à tout, de temps à autre, l’incongruité des choses vous sautent à la figure. Cette revendication (que j’ai pourtant entendue scandée cent fois) m’est subitement apparue comme un condensé de la confusion mentale qui règne dans ce pays. Ces braillards débraillés, exigeant d’être à vie des formateurs de la jeunesse, et à qui aucun parent censé n’aurait a priori envie de confier son enfant, commençaient leur pré-carrière en refusant ce qui sera l’essence de leur métier : apprendre à prouver sa compétence et à témoigner de son mérite, s’entraîner à des examens, s’instruire et progresser, payer de sa personne. Il est d’ailleurs étrange qu’on refuse de se présenter à des concours, quand on sait que ce sont quelque 10 000 personnes qui sont titularisées chaque année dans l’Éducation nationale, ce qui laisse une chance convenable aux candidats capables. Mais ces comportements (dont ne perçoit même plus l’absurdité) résument jusqu’à la caricature le « french dream » tel que le dénoncent tous les observateurs étrangers : que nous devenions tous fonctionnaires, voire que ce soit un droit acquis dès la naissance, tout le reste (compétence, compétition, mérite, utilité sociale etc.) passant pour formalités dérisoires et atermoiement humiliant... Pendant ce temps là, le reste du monde travaille...

13 décembre 2006

Un homme en bonne santé est un malade qui s'ignore

Vous vous souvenez sans doute de la pièce de Jules Romains, Knock. Au tout début, on voit le docteur Knock, à peine installé, demander à son prédécesseur divers renseignements sur les habitants du coin : leurs revenus, leurs pratiques religieuses, leurs bobos etc. Puis vient la question : « ont-ils de grands vices ? », tels que « opium, cocaïne, messes noires, sodomie, convictions politiques » ? Au fond, cette liste est intéressante, qui place l’idéologie sur le même plan que la drogue. Un adulateur de Castro ou de Kim Jong Li et un camé, quelle différence ? La décérébration est identique. Mais revenons au bon docteur qui conclut : « En somme, l’âge médical peut commencer ». Belle prophétie. Feuilletez les magazines et les journaux. Voyez la place qu’y occupent les articles sur notre santé, sur les dangers de tout (vin, tabac, environnement, poids), sur la nécessité impérieuse des régimes et des exercices, sur les produits miracles, sur les efforts à consentir pour alimenter le trou sans fond de la « sécu ». Nous sommes tous « des malades qui nous ignorons », tapis sous la « couverture médicale universelle ». Même nos plaisirs sont parfois culpabilisés, car contraires à l’intérêt de la santé publique. Nietzsche annonçait déjà que, pour nous asservir ou nous dompter, la société nous rendrait tous officiellement malades. C’est fait.

12 décembre 2006

Le train-train

Vous ne l’avez pas encore entendu dire, mais la dernière lubie des syndicats français est d’imposer à l’État la création d’un « smic-cadre », d’une sorte de garantie de revenu plancher pour les corps intermédiaires, parmi les 16 millions de salariés des secteurs commercial et industriel. Autant dire que les mentalités n’évoluent guère de ce côté du « dialogue social », l’horizon d’attente restant une vaste fonctionnarisation de toutes les activités, bardée de garanties et de droits, une économie administrée, comme si la France était un îlot épargné par la compétitivité globale et par les distorsions du coût du travail à l’échelle planétaire.

Ce n’est même pas une projection. La réalité, c’est qu’en France un ménage sur deux dépend déjà des aides publiques, des prestations sociales et de diverses allocations. Or, les experts le savent, seule la capacité à l’innovation et au risque est capable de créer de la richesse et de résister à la concurrence mondiale. Le gonflement de la dette publique dépend déjà de cette logique redistributive, où l’État dilapide une richesse qu’il ne crée pas, dispense des aides ponctuelles sur un budget déjà exsangue, tout en persécutant les entrepreneurs de taxes et de tracas, et en faisant pression pour que soient revalorisés les salaires du privé.

Bref, il ne faut pas s’étonner face à la mentalité consommatrice de droits acquis et face à l’irresponsabilité qui sont installées dans ce pays. On ne s’insurge même plus contre les agents de la SNCF qui se mettent en grève, chaque mi-décembre, sous prétexte de la mise en place des « horaires d’hiver », qui modifient de quelques minutes leur emploi du temps et qui compliquent leur calcul journalier de la minute et demi de travail en moins qu’ils ont obtenue, en compensation du lundi de Pentecôte non-férié ! Et tout cela dans l’attente de leur retraite à 50 ans. Et quand on parle de « rupture » même « tranquille », on en voit qui s’étranglent. Que préfèrent-ils, ceux-là ? Une France transformée en vaste maison de retraite ? « Travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins »…

07 décembre 2006

"On veut de l'avenir"

La candidate probable des « anti-libéraux » s’exclame, hier soir, sur un plateau de télévision : « Parlons de l’avenir, car les gens en ont besoin ! ». C’est un programme assez vaste, mais c'est plutôt une bonne idée, à moins de considérer la politique comme de l’archéologie. Surtout pour elle, car parler du passé, en ce qui la concerne, reviendrait à faire la revue des horreurs morales et économiques que les dérives du communisme ont engendrées, jadis et naguère. Il s’agit de parler d’avenir, pour solder le passé, dans une sorte de fuite en avant, dont les rétrofusées seraient l'erreur historique perpétuelle. On nous en a assez promis, des lendemains qui chantent. Mais il n’y a que la mauvaise foi qui sauve. Je pense à Nietzsche, écrivant en 1884 : « Je deviens plus franc d’année en année, dans la mesure où ma perception de ce siècle de la grande tartufferie morale devient de plus en plus profonde : je trouve toujours moins de raisons de m’arrêter aujourd’hui ».

04 décembre 2006

En arrière, toute !

On n'écoute jamais assez attentivement les nouvelles importantes. J'apprends qu'une éolienne s'est écroulée sur une route, dans le Nord. Il y avait du vent. Voilà qui rassure sur les énergies dites renouvelables. D'ailleurs, cette course éperdue à "plus vert que moi tu meurs" commence à nous chauffer les oreilles plus que la planète. On est en pleine regression. C'est ce que je me disais en voyant François Bayrou, sur fond de Pyrénées, entonner "Sé canto, qué canto" avec l'inénarrable Jean Lassale, béret vissé sur la tête. Même José Bové finira par passer pour un "golden boy" de la bourse de New York, au train où va le retour annoncé de la lampe à huile et des veillées à la ferme. J'imagine l'anglo saxon moyen recevant ce genre d'images, venues de la sixième puissance industrielle du monde ! Ce n'est pas dans la nostalgie que se dessinera l'avenir du monde.

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